Ces dernières souhaitent que cessent ces pratiques de distribution de contenus protégés sans autorisation en raison de leur illégalité et du lourd préjudice financier dont elles seraient la cause. Aussi affichent-elles leur volonté de s’installer sur le Web comme distributeurs officiels et payants de biens numériques à l’instar de Kazaa.

Les sociétés éditrices de logiciels P2P et les majors se retrouvent ainsi dans une situation très délicate pour plusieurs raisons. Le temps a passé depuis les premières solutions peer-to-peer artisanales mises au point par des férus d’informatique et d’internet. Des start-up ont été constituées, bien souvent par levée de fonds auprès de business angels attirés par la captation d’une audience et par les perspectives sonnantes et trébuchantes du commerce électronique. Aujourd’hui, ces sociétés n’échappent pas à la logique de rentabilité. Cela nous conduit à nous interroger sur leurs moyens de subsistance et leurs perspectives de développement : existe-t-il un modèle d’affaire viable pour le peer-to-peer ? Et comment ces sociétés réagissent-elle aux accusations des majors de violation du copyright ? Parallèlement, les industries de l’entertainment doivent faire face à la fulgurance des développements des technologies numériques et de l’internet sans subir pour autant l’évolution des pratiques afférentes. Leurs stratégies sont d’ordre juridique, technologique et financier. Juridiquement, elles tentent tout d’abord de contrer les initiatives des systèmes P2P et d’apporter la preuve de l’illégalité de leur existence, à défaut des pratiques de leurs utilisateurs. Ensuite, elles font pression pour un renforcement du droit de la propriété intellectuelle. Techniquement, les majors réfléchissent aux possibilités de contrer les systèmes d’échanges décentralisés via notamment la diffusion de contenus dégradés (chansons tronquées, titres erronées, etc.). Elles renforcent également les systèmes de protection des contenus numériques jusqu’à entrer dans l’illégalité en empêchant de fait toute copie privée (la copie privée est définie par le code de la propriété intellectuelle comme un exception au droit d’auteur) : cette situation n’est pas sans provoquer la réaction des associations de consommateurs . Enfin, les majors cherchent également à développer un modèle de distribution de contenus numériques (multiplication des partenariats) et à promouvoir son existence au point d’être accusées de pratiques anti-concurrentielles par certaines sociétés P2P pour refuser de coopérer dans la distribution de contenus, quelle ironie ! Certaines d’entre elles choisissent pour stratégie de prendre le contrôle de plates-formes ayant pignon sur rue tel fût le cas de Bertelsmann avec Napster.

Notre démarche consiste donc à révéler les enjeux liés à l’émergence d’un marché de la distribution de contenus numériques sur internet à travers l’examen d’une pratique anodine mais diablement efficace, celle des réseaux peer-to-peer.


Plan de l'article :

1) Les réseaux peer-to-peer : une technologie efficace à l’origine d’une nouvelle consommation de biens numériques.

2) L’échec du pionnier de la musique en ligne Napster ou la remise en cause de la gratuité au nom du droit d’auteur

3) La difficile transition vers les modèles payants de distribution de biens numériques

4) La concurrence de solutions innovantes en quête de légitimité : Kazaa, successeur de Napster

5) Le devenir de la distribution de biens numériques sur internet : licences non-volontaires et peer-to-peer


MABILLOT D. & PROUST I. [2004], « Industries culturelles et internet : de peer en peer ? », in Paris Th. et alii « La libération audiovisuelle : enjeux technologiques, économiques et réglementaires », Institut Présaje, Dalloz, octobre 2004.